Alarme Phone Sahara, en collaboration avec Refugees in Libya, Refugees in Tunisia, Watch the Med - Alarmphone, ASGI et d'autres organisations internationales, a lancé une lettre ouverte au HCR pour aborder la situation dans le camp de réfugiés du HCR à Agadez et amplifier les voix des réfugié.e.s à l'intérieur du camp qui protestent contre des conditions de vie insupportables.
À l'attention de
HCR Niger (ngrni@unhcr.org), M. Filippo Grandi - Haut Commissaire du HCR, M. Volker Türk - Haut Commissaire des Nations Unies aux droits humains, M. Gehad Madi - Rapporteur spécial sur les droits de l'homme des migrants, Mme Siobhàn Mullally - Rapporteuse spéciale sur la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, Mme Mary Lawlor - Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, Mme Alice Jill Edwards - Rapporteuse spéciale sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
Monsieur le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, M. Filippo Grandi, et le bureau du HCR au Niger,
Monsieur le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, M. Volker Türk,
Madame la Rapporteuse spéciale sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Mme Alice Jill Edwards,
Monsieur le Rapporteur spécial sur les droits de l'homme des migrants, M. Gehad Madi,
Madame la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, Mme Siobhàn Mullally,
Madame la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, Mme Mary Lawlor,
Par la présente communication, nous souhaitons attirer votre attention sur la situation critique qui règne dans le camp humanitaire pour demandeurs d'asile et réfugié.e.s, géré par le HCR, situé à 15 km d'Agadez, dans le nord du Niger, ainsi que sur les politiques d'expulsion illégales qui conduisent les gens dans le camp.
En tant que représentant.e.s de la société civile internationale et d'organisations locales travaillant en étroite collaboration avec les demandeurs d'asile et les réfugié.e.s, nous avons reçu de nombreux rapports concernant les conditions de vie déplorables dans le camp. Nous exprimons notre profonde inquiétude et vous exhortons à prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier à cette situation.
Le camp de réfugiés du HCR à Agadez : les réfugié.e.s protestent contre leurs conditions de vie dégradées et l'absence de solutions durables et dignes
Depuis plusieurs années, le HCR gère ce camp humanitaire qui accueille principalement des personnes originaires du Soudan et d'autres pays déchirés par la guerre, ainsi que d'autres personnes ayant besoin de protection.
Les rapports établis par les résident.e.s du camp concernant leurs conditions de vie sont extrêmement alarmants et mettent en évidence de graves pénuries alimentaires, des soins médicaux inadéquats et un manque d'accès à l'éducation pour les enfants. Les femmes enceintes, les personnes âgées et les enfants sont particulièrement vulnérables à ces conditions difficiles. Au-delà du besoin immédiat d'une aide essentielle, il n'y a pas de perspectives à long terme ou durables pour les réfugié.e.s résidant dans le camp. Certaines personnes y vivent depuis neuf ans, n'ont pas obtenu le statut de réfugié et restent dans l'incapacité de se construire un avenir indépendant.
À partir de 2019, de nombreuses manifestations ont été organisées par les résident.e.s du camp:
De décembre 2019 à début janvier 2020, les réfugié.e.s du camp d'Agadez se sont rassemblés pour une manifestation devant le bureau du HCR. Cette manifestation a été réprimée par la police et des installations du camp de réfugié.e.s ont été incendiées. Plusieurs centaines de réfugié.e.s ont été arrêté.e.s et 111 d'entre eux ont été condamné.e.s par la justice, au lieu de trouver des solutions aux problèmes qui avaient conduit à la manifestation.
Depuis l'automne 2024, cette situation a atteint son paroxysme avec une vague de protestations qui se poursuit encore aujourd'hui, déclenchée par une grave détérioration des conditions de vie. La voix des réfugié.e.s est celle des groupes auto-organisés « Refugees in Niger » et « Refugees in Tunisia ».
Comme l'a déclaré le HCR lui-même, ils se sont vu refuser des bons d'alimentation pendant des semaines en raison de leur participation aux manifestations. Alors que pour les réfugié.e.s, cela signifie une sanction pour avoir participé à une manifestation légitime contre des conditions de vie insupportables, le HCR a déclaré le 27 février qu'il avait suspendu les bons d'alimentation à la demande des autorités nigériennes.
Récemment, 8 réfugié.e.s ont été arrêté.e.s en représailles aux manifestations.
Pratiques d'expulsions en chaîne et absence de solutions durables et dignes
Les demandeurs d'asile et les réfugié.e.s résidant dans le camp viennent pour la plupart de pays déchirés par la guerre, en particulier d'Afrique de l'Est. Au départ, il s'agissait principalement de personnes évacuées de Libye (dans le cadre du mécanisme de transit d'urgence) ou ayant fui le pays en raison de conditions intolérables, dans l'espoir d'être réinstallées dans des pays plus sûrs grâce à l'aide du HCR.
Ces dernières années, il est devenu de plus en plus évident que de nombreux demandeurs d'asile sont piégés dans le camp d'Agadez en raison des politiques de refoulement et d'expulsion appliquées par les états voisins du Niger, qui violent gravement les droits des migrant.e.s.
Depuis plusieurs années, des dizaines de milliers de personnes sont illégalement expulsées chaque année d'Algérie vers la frontière du Niger, le nombre le plus élevé dépassant les 30 000 personnes en 2024. Outre les citoyen.ne.s nigérien.ne.s qui auraient été expulsé.e.s en vertu d'un accord de réadmission entre l'Algérie et le Niger, plusieurs milliers de personnes originaires de différents pays africains ont également été expulsées dans des convois « non officiels ». Ces derniers sont généralement déposé.e.s dans le désert au « Point 0 », à environ 15 km du village frontalier d'Assamaka.
Depuis 2023, les autorités tunisiennes procèdent à des arrestations massives suivies de l'expulsion de migrant.e.s et de réfugié.e.s vers les frontières de la Libye et de l'Algérie. Les forces de sécurité algériennes expulsent souvent ces personnes plus loin, vers la frontière avec le Niger. Ces politiques de gestion des migrations sont profondément viciées, tant sur le plan juridique qu'éthique, car elles impliquent des transferts forcés, illégaux et violents et sont souvent légitimées par des réponses humanitaires faibles et inefficaces.
La majorité des habitant.e.s du Niger vivent dans des conditions socio-économiques difficiles et le pays est aux prises avec l'impact des sanctions internationales et une crise sécuritaire causée par les attaques de groupes terroristes et armés. Malgré ces difficultés, la grande majorité des personnes bloquées dans les camps du HCR à Agadez se voient refuser la possibilité d'être réinstallées dans d'autres pays, où elles pourraient avoir la chance de vivre dans des conditions sûres et dignes.
Le cas de M. K.
La situation de M. K., qui se trouve dans le centre d'Agadez depuis maintenant huit mois, est emblématique de l'absurdité et de la cruauté des pratiques d'expulsions en chaîne entre les pays du Maghreb et le Niger.
Comme des centaines d'autres personnes, M. K. se trouvait dans le camp spontané devant les bureaux du HCR et de l'OIM à Tunis le 3 mai 2024, lorsque les autorités tunisiennes ont dégagé de force les personnes et les ont expulsées à la frontière avec l'Algérie. M. K., avec un groupe d'autres personnes, a déposé une plainte individuelle auprès du Comité des droits humains des Nations unies pour l'expulsion dont il avait été victime. Le Comité a ordonné aux autorités tunisiennes d'adopter des mesures de précaution pour protéger les personnes expulsées, qui avaient réussi à retourner à Tunis.
Cependant, le même jour, M. K. et d'autres hommes ont été arrêtés et, après avoir été libérés sur ordre du tribunal, ont de nouveau été expulsés vers l'Algérie et, après quelques semaines, arrêtés et expulsés vers le Niger.
Ce que nous demandons
À la lumière de la situation décrite, les organisations soussignées font les demandes suivantes.
Au HCR :
- Cesser toute forme d'intimidation et de pression sur les personnes qui manifestent légitimement et pacifiquement pour obtenir des conditions de vie adéquates à l'intérieur du camp et un avenir digne.
- Fournir des informations claires, opportunes et précises aux personnes présentes dans le camp concernant leur situation et les possibilités réelles de solutions durables offertes.
- Veiller à ce que les huit personnes arrêtées à la suite des manifestations aient pleinement accès à une défense et à une procédure régulière et s'engager activement pour leur libération.
- Exercer la pression nécessaire sur les pays de destination pour qu'ils ouvrent des voies de réinstallation appropriées.
- Adopter une position ferme contre les expulsions menées par les gouvernements tunisien et algérien et contribuer à sensibiliser l'opinion publique à ces expulsions illégales, en évitant de fournir une couverture humanitaire à de telles opérations.
Au HCDH et aux rapporteurs spéciaux :
- Prendre position pour que le travail nécessaire des Nations Unies, de ses agences et de ses organes ne soit pas utilisé pour légitimer les politiques d'expulsion et les graves violations des droits humains décrites.
- Exiger que l'Union européenne et ses états membres cessent toute forme de pression sur les pays tiers d'origine et de transit des migrations pour adopter des politiques de blocage et de dissuasion qui produisent les graves violations observées, et suspendent tout financement et soutien à de telles politiques.
Cordialement,
Refugees in Libya
Refugees in Tunisia
Alarme Phone Sahara
ASGI
Baobab Experience
Migreurop
Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES)
Sea-Watch
Watch the Med - Alarm Phone
SmallAxe Odv
Melting Pot Europa
Novact
Solidarités Tattes
Migration-Control.Info
Mission Lifeline International
Sea Punks e.V.
Medico International
SOS Humanity e.V.
Mediterranea Saving Humans
Ya Basta! Bologna
MV.Louise Michel project
Maldusa project
Mendy for peace culture and Diversity Management
OnBorders
Beyond borders
Beyond the Blue